Thèse InJustice Spatiale et Mobilité Urbaine Arbitrer Entre Efficacité Économique Équité d'Accès et Résilience des Populations H/F - Doctorat.Gouv.Fr
- CDD
- Doctorat.Gouv.Fr
Les missions du poste
Établissement : Nîmes Université École doctorale : Risques et Société Laboratoire de recherche : CHROME - Détection, Evaluation, Gestion des Risques CHROniques et éMErgents Direction de la thèse : Caroline BAYART ORCID 0000000322513563 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-07-17T23:59:59 Ce projet doctoral cherche à identifier et modéliser les renoncements et injustices de mobilité vécus par les populations vulnérables dans les territoires français de taille modeste. Inscrit dans une démarche attentive aux 'invisibles statistiques', il comble un angle mort de la recherche européenne, encore largement concentrée sur les grandes métropoles, dont les configurations socio-spatiales, les ressources et l'offre de transport diffèrent profondément des territoires moins denses.
La question centrale posée est celle de la capacité des autorités territoriales à concilier efficacité économique, équité d'accès et résilience climatique dans des contextes de polarisation et de ressources limitées. Pour y répondre, le projet adopte une méthodologie mixte articulant un volet quantitatif - développement d'indicateurs innovants et fusion de bases de données - et un volet qualitatif centré sur l'analyse des dispositifs participatifs et des arbitrages décisionnels.
La revue de littérature s'organise autour de trois axes complémentaires. Le premier mobilise les différentes théories de la justice spatiale : les approches distributives héritées de Rawls, qui analysent les inégalités d'accès selon les groupes sociaux et les territoires ; les approches procédurales, qui interrogent la participation des populations aux politiques publiques ; et les théories des 'capabilités' développées par Sen et Nussbaum, qui placent au coeur de l'analyse la dignité, l'autonomie et les libertés réelles de déplacement. Ce corpus, bien développé dans les pays anglo-saxons, demeure encore fragmenté en France.
Le deuxième porte sur le concept émergent de 'transport poverty', qui dépasse la seule accessibilité physique pour intégrer les dimensions économiques, temporelles, informationnelles et psychosociales de l'exclusion. Les travaux britanniques, canadiens et australiens ont produit des indicateurs composites révélant les limites des mesures traditionnelles, incapables de capter les besoins non satisfaits ou les stratégies d'évitement. Une transposition critique au contexte français sera nécessaire, tenant compte des configurations territoriales et des modes de régulation spécifiques.
Le troisième axe examine les processus de gouvernance et les arbitrages entre objectifs souvent contradictoires - efficacité, équité, durabilité et résilience - dans un contexte de contraintes budgétaires fortes et de jeux d'acteurs complexes entre élus, techniciens, opérateurs et usagers. Il s'agit notamment d'évaluer l'effectivité réelle des dispositifs de consultation et leur capacité à intégrer les voix des populations les plus vulnérables.
Ce projet vise à produire un cadre d'analyse multidimensionnel et transférable, capable de rendre visible ce que les indicateurs classiques laissent dans l'ombre, et d'éclairer les conditions institutionnelles favorisant une prise en compte réelle de l'équité dans les politiques de mobilité. Les politiques de mobilité, malgré leurs objectifs d'équité, privilégient souvent les populations disposant de ressources et motorisées, négligeant les besoins des plus vulnérables (personnes âgées, à faible revenu, en situation de handicap ou issues de minorités). Les mobilités douces semblent bénéficier aux quartiers centraux favorisés, marginalisant les zones périphériques et à faibles revenus. Si l'efficacité des politiques de mobilité dépend de leur intégration dans le territoire et du niveau de tarification, leur mise en oeuvre reste peu inclusive.
Dans les villes moyennes, l'arbitrage entre efficacité économique et équité est une question délicate. Les pratiques de mobilité des populations vulnérables échappent aux enquêtes traditionnelles et les besoins de ces citoyens sont souvent sous-estimés dans les résultats. Le risque est alors de marginaliser les périphéries, en alimentant des modèles de planification qui concentrant l'offre sur les axes dits économiquement rentables.
Le projet présente enfin un fort potentiel de valorisation. Du point de vue managérial, il s'agit d'un transfert des connaissances produites vers l'action publique locale. L'association étroite avec les AOM et acteurs associatifs dès la phase de conception du protocole de recherche garantit l'ancrage opérationnel des résultats. Les outils développés (indicateurs multidimensionnels de pauvreté en transport, protocoles d'évaluation participative) pourront être appropriés par d'autres territoires, contribuant ainsi à renouveler les pratiques d'évaluation des politiques de mobilité en France. Du point de vue empirique, la comparaison avec les données internationales disponibles, notamment canadiennes, offrira une perspective unique pour dégager des invariants structurels et des spécificités institutionnelles dans la production des inégalités de mobilité. Cette démarche comparative internationale, permettra de tester la reproductibilité de la démarche et la discussion des résultats avec la littérature anglo-saxonne. L'objectif est de comprendre comment les Autorités Organisatrices de la Mobilité (AOM) peuvent concilier efficacité économique, équité d'accès et résilience face aux risques dans les territoires moyens polarisés et quels sont les dispositifs de gouvernance et d'instrumentation qui permettent d'intégrer les populations 'invisibles' dans la décision publique.
Les axes de travail seront les suivants :
Les politiques de mobilité actuelles permettent-elles de répondre aux besoins spécifiques des populations vulnérables ?
Dans quelle mesure les indicateurs traditionnels d'évaluation des réseaux (offre kilométrique, fréquence) masquent-ils les inégalités d'accessibilité réelle entre quartiers centraux et périphériques ?
Comment mobiliser des sources de données alternatives (passives, participatives, ethnographiques) pour capter les besoins des populations sous-représentées dans les enquêtes classiques ?
Les dispositifs participatifs existants permettent-ils une représentation équitable des groupes vulnérables dans la définition des politiques de transport ?
Comment se construisent les arbitrages entre objectifs économiques et sociaux au sein des instances de gouvernance ? Quelles parties prenantes pèsent sur ces décisions ?
L'évolution récente de la littérature scientifique confirme l'émergence d'un champ de recherche international autour de la justice en transport et mobilité, qui ouvre des perspectives riches pour ce projet de thèse. Le projet propose une rupture méthodologique. D'une part, il vise à rendre visible ce qui échappe aux outils traditionnels, en étudiant les pratiques de mobilité contrainte, les renoncements de trajets, et plus largement les comportements les populations sous-représentées dans les enquêtes de mobilité. Cette ambition suppose de mobiliser des sources de données alternatives (passives, participatives, ethnographiques) encore peu systématisées dans la planification des transports en France. D'autre part, la triangulation prévue entre enquête quantitative, analyse qualitative des dispositifs participatifs et cartographie des réseaux d'acteurs constitue une démarche intégrative rare dans ce domaine. Cette combinaison permettra d'articuler les dimensions micro (expériences individuelles), méso (gouvernance territoriale) et macro (effets systémiques) des politiques de mobilité.
Le profil recherché
Le ou la candidat.e devra être titulaire d'un Master ou diplôme équivalent (sciences de gestion, sciences de l'ingénieur, gestion des risques ou disciplines pertinentes pour ce projet). Nous recherchons un.e candidat.e démontrant un fort intérêt pour les questions de justice, de gouvernance et de mobilité. Une appétence pour la recherche interdisciplinaire, la conduite d'études empiriques et l'analyse de données passives, notamment géographiques (QGIS) sera appréciée.
Le ou la candidat(e) devra faire preuve de solides capacités rédactionnelles et d'une aptitude avérée à travailler en équipe. Une bonne maîtrise de l'anglais, à l'écrit comme à l'oral, est indispensable afin de conduire une veille scientifique internationale, participer à des conférences et publier dans des revues académiques. Des compétences en méthodes qualitatives et/ou quantitatives constitueront un atout
Compétences requises
- Anglais
- Gestion du risque
- Veille scientifique
- Analyse de données
- Compétences rédactionnelles